Dimanche, 18 Février, 2007

Témoignage de Martine Fouchard

Bonsoir,

Lorsque j’étais enfant, j’ai bien connu le peintre Jacques Villon .

Puteaux . Nous habitions alors une vieille maison faisant partie d’ un ensemble de trois maisons , chacune assortie d’ un atelier de peintre .

Les trois maisons étaient situées dans un jardin tout en longueur parfumé de lilas.

La maison que nous habitions , avait été l’ atelier du peintre Kupka .

Tout au fond du jardin , vivaient Jacques Villon et son épouse Gabrielle. J’étais souvent rendue dans son atelier, ou dans la petite rotonde, à grignoter des biscuits et siroter une tasse de thé en compagnie de Gabrielle . Ce Grand peintre recevait beaucoup de visites , souvent de gens célèbres, et moi , du haut de mes 13ans , je n’ imaginais pas l’ importance de tous ces visiteurs. Le maître me prêtait du papier cartonné , des pinceaux et sa palette, et je découvrais le bonheur de créer aux coté du grand peintre …Souvent, je l’aidais en lui soutenant le bras, car avec son grand age, il lui arrivait de trembler, ou bien il m’indiquait quelle couleur mettre sur son pinceau.

Le dimanche , il nous arrivait de “descendre” au restaurant de Mr Camille Renault, en compagnie du peintre, et tandis que les adultes discutaient gaiement,j’avais droit à une grenadine, et à une part de gateau .....

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(Franz Kupka)

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Souvenirs de Camille par Robert Larroque (fin)

Pour ce qu’il a réalisé sur le plan de la haute cuisine et sur le plan de la production picturale, il faut rendre hommage à Camille Renault, l’hommage qu’il mérite. Il a imaginé une nouvelle forme de mécénat alliant hébergement, nourriture et travail. Il a découvert des talents qui ont pu s’épanouir grâce à son action. Il a eu la générosité de permettre à des artistes d’exposer chez lui sans bourse délier. Et il a prêté bénévolement son concours à des manifestations artistiques sans chercher à en tirer avantage.
Il a contribué au rayonnement de Puteaux en y attirant des hommes connus, des femmes célèbres : écrivains, artistes, journalistes, politiciens, généraux, architectes etc… qui ont laissé l’empreinte de leur passage.
Les livres de signatures du restaurant, en portant trace.
Un peu de leur gloire rejaillit sur la ville. cela ne peut s’oublier.
Un quartier disparaît, le souvenir demeure.
R.L.

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Souvenirs de Camille par Robert Larroque (suite)

Les menus eux, étaient fréquemment illustrés par les soins des pensionnaires de la maison. Camille avait baptisé lui-même de noms d’artistes la plupart des créations culinaires justement appréciées des gourmets : Tournedos Utrillo, Poularde Gauguin, Croustade Dufy etc…
La déambulation capricieuse de Camille captait les regards sous tous les angles. des mains agacées commençaient à esquisser des dessins sur les menus ou sur les nappes. Il faut dire que si notre mentor exposait des toiles chez lui ou les faisait diffuser par un marchand parisien, son grand plaisir, son art suprême c’était la vente directe à des clients choisis non sans flair, à l’issue d’une savante stratégie.  Il ne s’asseyait donc pas à n’importe quelle table mais là où il avait mis le client potentiel dans son collimateur.
La victime en puissance ravie de faire une place au maître de céans, s’empressait d’engager la conversation : son siège commençait.
On parlait de tout, même de politique dont au fond Camille se moquait éperdumment. Arrivé au chapitre de la peinture, notre négociateur, aussi habile qu’obstiné, avait convaincu et gagné. Et une personne persuadée d’avoir fait l’affaire du siècle, s’en allait dans la nuit, un tableau sous le bras.

Il n’est guère possible d’évoquer Camille Renault sans penser à Pierre Gaudin. Ce dernier l’a assez connu pour lui prodiguer son amitié. C’était lui, Pierre, l’âme du groupe des jeunes Peintres de Puteaux. Ces artistes ne rêvaient-ils pas de s’insérer dans la mouvance de l’école et de relayer à leur façon leurs aînés ? A ce jour, il y en a quelques uns qui ont tenu et réussi ce pari. On les en félicite. Camille ne refusa jamais à Pierre Gaudin de prélever quelques tableaux où documents sur sa collection pour illustrer les expositions annuelles de peinture dans le salon d’honneur de la Mairie. Je possède encore quelques photos de cette époque ou l’on voit Camille appuyé sur deux cannes, faisant le tour des cimaises. Il avait un pacemaker dans la poitrine et uen centaine de kilos en moins. Cependant, il conservait sa gentillesse et son égalité d’humeur. Quand l’on s’inquiétait de sa santé il répondait “Merci ma centrale électrique va bien”.

Un jour, Philippe Courtois avec qui j’avais fait une exposition au Restaurant, ayant appris que Camille gardait la chambre, me fit monter avec lui à l’étage.
Je revois l’antre du héros, pièce étonnante tapissée d’une quantité de toiles de petit format portant des signatures illustres ; Rouault, Picasso, Kapka, Villon etc…
Présence de deux gros chiens tapis peaux de bêtes et reposant tout habillé sur son lit.
Camille détendu, royal. Il semblait ravi d’avoir notre visite. Il plaisantait comme à l’accoutumée mais je surpris son regard un peu perdu, errant dans le vide, et je ne pus m’empêcher de penser que cet homme si adulé devait connaître certains jours. (à suivre)

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