Puteaux

Dimanche, 18 Février, 2007

Souvenirs de Camille par Robert Larroque (fin)

Pour ce qu’il a réalisé sur le plan de la haute cuisine et sur le plan de la production picturale, il faut rendre hommage à Camille Renault, l’hommage qu’il mérite. Il a imaginé une nouvelle forme de mécénat alliant hébergement, nourriture et travail. Il a découvert des talents qui ont pu s’épanouir grâce à son action. Il a eu la générosité de permettre à des artistes d’exposer chez lui sans bourse délier. Et il a prêté bénévolement son concours à des manifestations artistiques sans chercher à en tirer avantage.
Il a contribué au rayonnement de Puteaux en y attirant des hommes connus, des femmes célèbres : écrivains, artistes, journalistes, politiciens, généraux, architectes etc… qui ont laissé l’empreinte de leur passage.
Les livres de signatures du restaurant, en portant trace.
Un peu de leur gloire rejaillit sur la ville. cela ne peut s’oublier.
Un quartier disparaît, le souvenir demeure.
R.L.

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Souvenirs de Camille par Robert Larroque (suite)

Les menus eux, étaient fréquemment illustrés par les soins des pensionnaires de la maison. Camille avait baptisé lui-même de noms d’artistes la plupart des créations culinaires justement appréciées des gourmets : Tournedos Utrillo, Poularde Gauguin, Croustade Dufy etc…
La déambulation capricieuse de Camille captait les regards sous tous les angles. des mains agacées commençaient à esquisser des dessins sur les menus ou sur les nappes. Il faut dire que si notre mentor exposait des toiles chez lui ou les faisait diffuser par un marchand parisien, son grand plaisir, son art suprême c’était la vente directe à des clients choisis non sans flair, à l’issue d’une savante stratégie.  Il ne s’asseyait donc pas à n’importe quelle table mais là où il avait mis le client potentiel dans son collimateur.
La victime en puissance ravie de faire une place au maître de céans, s’empressait d’engager la conversation : son siège commençait.
On parlait de tout, même de politique dont au fond Camille se moquait éperdumment. Arrivé au chapitre de la peinture, notre négociateur, aussi habile qu’obstiné, avait convaincu et gagné. Et une personne persuadée d’avoir fait l’affaire du siècle, s’en allait dans la nuit, un tableau sous le bras.

Il n’est guère possible d’évoquer Camille Renault sans penser à Pierre Gaudin. Ce dernier l’a assez connu pour lui prodiguer son amitié. C’était lui, Pierre, l’âme du groupe des jeunes Peintres de Puteaux. Ces artistes ne rêvaient-ils pas de s’insérer dans la mouvance de l’école et de relayer à leur façon leurs aînés ? A ce jour, il y en a quelques uns qui ont tenu et réussi ce pari. On les en félicite. Camille ne refusa jamais à Pierre Gaudin de prélever quelques tableaux où documents sur sa collection pour illustrer les expositions annuelles de peinture dans le salon d’honneur de la Mairie. Je possède encore quelques photos de cette époque ou l’on voit Camille appuyé sur deux cannes, faisant le tour des cimaises. Il avait un pacemaker dans la poitrine et uen centaine de kilos en moins. Cependant, il conservait sa gentillesse et son égalité d’humeur. Quand l’on s’inquiétait de sa santé il répondait “Merci ma centrale électrique va bien”.

Un jour, Philippe Courtois avec qui j’avais fait une exposition au Restaurant, ayant appris que Camille gardait la chambre, me fit monter avec lui à l’étage.
Je revois l’antre du héros, pièce étonnante tapissée d’une quantité de toiles de petit format portant des signatures illustres ; Rouault, Picasso, Kapka, Villon etc…
Présence de deux gros chiens tapis peaux de bêtes et reposant tout habillé sur son lit.
Camille détendu, royal. Il semblait ravi d’avoir notre visite. Il plaisantait comme à l’accoutumée mais je surpris son regard un peu perdu, errant dans le vide, et je ne pus m’empêcher de penser que cet homme si adulé devait connaître certains jours. (à suivre)

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Samedi, 03 Février, 2007

Souvenirs de Camille par Robert Larroque

Une seule vérité veut que plus on a   de biens plus on est exposé aux indélicatesses et aux escroqueries. Il est probable en tout cas que Camille handicapé par son poids et plus tard amoindri par son coeur artificiel, ne put être assez mobile pour suivre de plus près ses affaires. De plus j’ai l’impression qu’il était moins intéressé par l’argent acquis que par les moyens qu’il mettait en oeuvre pour le gagner.

Camille Renault négrier ? C’est assez méchamment dit. Les artistes qui ont travaillé chez lui étaient libres de leur choix. Ils n’étaient pas ou étaient peu connus. Ils avaient avec lui des rapports d’amitié et recevaient la juste compensation de ce qu’ils produisaient. Dans l’ensemble, ils s’inspiraient des maîtres de l’école de Puteaux en particulier de Villon : travaillant dans le même creuset, chacun pouvait suivre le cheminement des autres sans renoncer pour autant à ses tons et à ses tendances propres. Encouragés et stimulés par Camille, ces peintres-là ont eu la chance de se faire un nom et une côte. Dans ces conditions privilégiées que bien d’autres envieraient. Cette collaboration en Société quasi phalanstérienne a eu d’autres bons côtés : elle a été marquée par des gueuletons et de mémorables beuveries comme seuls les artistes s’en offrent pour se défouler et rafraîchir - paraît-il leur inspiration.

Il m’est arrivé plus d’une fois de voir Camille évoluer dans la salle de son restaurant, le soir ; les fourneaux éteints et la cuisine délaissée. Il allait de table en table à la fois simple et majestueux saluant les uns et les autres, régnant sereinement sur le monde des convives repus quelque peu exaltés par la bonne chère et les vins de qualité. Le patron   entamait le second acte de sa fête. Il apparaissait parfois à son public vêtu de tablier et de la haute toque de sa profession ; il lui plaisiait de surprendre de cette façon.
D’autres fois, il arborait un large pull-over, tricoté par des mains affectueuses tellement vaste qu’il aurait pu contenir trois hommes de mon gabarit. J’en ai connu un rouge flamboyant, un vert cru et un bleu couleur de ses yeux, tous à côtes et à col roulé. Ce grand corps dans ces grands pulls, c’était une attraction fascinante.
à suivre)

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Lundi, 27 Novembre, 2006

Derniers souvenirs

Souvenirs de Philippe Courtois
Président de la section Artistique de Puteaux

Pour que Camille aille jusqu’au bout de son rêve, il lui fallait bien sûr une façade sur Paris.
Son choix s’est porté sur une petite galerie du Boulevard Haussmann où  tout naturellement toute la bande se retrouvait. La personnalité de Monsieur Renault était telle que les portraits qui ont été fait de lui se comptent par centaine. Il aimait la peinture, les peintres et les gens.
Le moindre rapport humain que Camille engendrait devenait une sorte de magie.
Dans la ville les chiens de Camille étaient t forts connus, il y avait le gros et le petit, c’était le petit chien qui promenait le gros.
Tous ces traits du Roi Renault en ont fait un personnage hors du commun extrêmemnt attachant et d’une simplicité de rapport merveilleuse.
Il a pris des années sans jamais que son rire et sa gaîté ne soient jamais altérés.
Un été, il nous a quitté.
Son restaurant le bistrot de Puteaux va bientôt disparaître. Mais le charme était rompu “chez Camille Renault sans Camille Renault , cela ne pouvait plus être la même chose”.
Lors d’une exposition qui lui rendait hommage, il avait tenu à offrir à Monsieur Cecaldi-Raynaud une immense peinture que l’on appelle le Portrait de Famille où tous les amis de Camille sont représentés entourant le Roi Renault.
Ce grand tableau peut-être admiré au Palais des Congrés.

Témoignage paru dans La Lettre de la Société Historique Artistique et Littéraire de Puteaux
N° 14 Mars 1991 Spécial Camille Renault


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Vendredi, 17 Novembre, 2006

Le Roi Renault (suite)

Souvenirs de Philippe Courtois
Président de la section Artistique

Le bistrot de Camille

Au dessus de chez lui s’était installé, là ausi par hasard, le peintre Jacque Villon, normand comme Camille et le peintre tchèque Franck Kupka. Les amis de ces peintres étaient Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Alicee Alika, l’épouse du peintre Marcoucis. Toute cette joyeuse équipe passait ses week(end à Puteaux. Il n’y a pas très longtemps Alice Alika avait demandé de la conduire revoir les champs de roses, où elle allait faire des possonneries autour de la Défense. Elle n’a rien retrouvé !

Les êtres exceptionnels sont condamnés à se rencontrer.

Aussi toute cette équipée d’artistes Montmartrois qui venaient prendre le bon air à Puteaux, devinrent très vite des amis de Camille.

Ses amis peintres de la rue Lemaître, Villon, Kupka, Marcel Duchamp, le poète écrivain Jacques Bon, le peintre philippin Vitalis ont formé naturellement le noyau de ce que l’on a appelé l’école de Puteaux. Francis Picabia y est venu.

Et voilà Camille Renault devenu mécène. Autour de ces célébrités sont venues se greffer des équipes de peintres plus jeunes et moins célèbres qui   pour beaucoup doivent leur carrière à Camille qui les a aidés, défendus, présentés. Et voici le bistrot devenu lieu de la peinture, au début parisien mais qui n’a pas tardé à s’internationaliser.

Cette époque brillante fourmille d’anecdotes : André Malraux ne déjeunait qu’avec du champagne rouge naturel. Les Américains de passage réservaient très longtemps à l’avance la table sur laquelle était fixée une plaque indiquant la place de Curnonsky, le prince des gastronomes.

C’est à cette époque, que Hélène Parmelin, critique d’art et épouse du peintre Pignon l’a surnommé le Roi Renault

 

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Jacques Villon dans son atelier à Puteaux

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